Parcours Zachée 2026

Forum Zachée du 14 au 17 mai 2026 + Before spécial jeunes pro à partir du 12 mai

Société clivée, doit-on choisir son camp ?

Dans un monde où tout semble nous sommer de « nous situer » – pour ou contre, dedans ou dehors, d’un côté ou de l’autre – la question du prochain Forum Zachée affrontera directement la question : dans une société clivée, doit-on choisir son camp ?

Les réseaux sociaux, désormais au cœur de la vie publique, renforcent les logiques de polarisation : bulles informationnelles, contenus émotionnels et polarisants favorisés par les algorithmes, emballements médiatiques autour de figures ou de causes, montée des logiques de « camp » au détriment du débat nuancé. Plusieurs études soulignent la manière dont ces plateformes peuvent accentuer la polarisation affective et affaiblir le pluralisme des idées.

Sur le plan politique, la tension entre « bloc contre bloc », montée des populismes et défiance envers les institutions démocratiques s’accentue dans de nombreux pays, y compris en Europe.

Pour un chrétien, pour un participant du Parcours Zachée, cette situation pose une double question :

  • Comment discerner là où s’engager, sans se laisser enfermer dans des identités de camp ?
  • Comment vivre la charité, la vérité et la justice – piliers de la Doctrine Sociale de l’Église – dans un climat de clivage et de suspicion ?

 

  1. Une société sous tension : comprendre les clivages

Les fractures traversent aujourd’hui presque tous les espaces de vie.

Dans la vie sociale et politique, la polarisation oppose visions du monde, conceptions de la justice, modèles de société. Le débat devient facilement moralisation de l’adversaire, voire désignation de boucs émissaires, au sens développé par René Girard : la violence mimétique cherche spontanément une victime sur laquelle concentrer les tensions pour rétablir une fausse unité.

Dans le travail, les divergences sur l’écologie, la diversité, le rapport au numérique ou au télétravail peuvent durcir les relations professionnelles : on se parle moins, on s’étiquette davantage.

Dans l’Église, les sensibilités liturgiques, les lectures du magistère, les analyses de la crise des abus ou des recompositions ecclésiales peuvent devenir des lieux de suspicion réciproque, où l’autre camp est perçu comme infidèle à l’Évangile ou à la Tradition.

Dans la sphère intime, familles et groupes d’amis se divisent parfois sur des sujets éthiques, politiques ou sanitaires : chaque repas peut devenir un mini-plateau télé, où il faut « gagner » la discussion plutôt qu’habiter une relation.

Ces clivages ne sont pas seulement idéologiques : ils touchent à l’identité même des personnes, à leurs appartenances, à leur besoin d’être reconnus et enracinés – ce que Simone Weil identifiait comme « un des besoins les plus importants et les plus méconnus de l’âme humaine ».

Si les formes actuelles de polarisation possèdent des traits nouveaux liés au numérique, à la vitesse de diffusion de l’information ou à la fragmentation des espaces sociaux, il convient de rappeler que la division de la société n’est pas un phénomène inédit. L’histoire européenne et chrétienne a été traversée de crises profondes :

  • les guerres de Religion du XVIᵉ siècle, où l’appartenance confessionnelle structurait radicalement les camps ;
  • les clivages philosophiques et politiques du XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, entre monarchistes et républicains, anticléricaux et catholiques sociaux ;
  • les tensions du XXᵉ siècle autour des idéologies totalitaires, qui ont suscité des engagements contrastés, parfois dramatiques ;
  • même à l’intérieur de l’Église, les controverses doctrinales ont souvent opposé des sensibilités, parfois jusqu’à la rupture.

Ainsi, l’histoire nous enseigne que les clivages ne sont jamais seulement des accidents : ils expriment des visions du monde, des peurs, des injustices, des aspirations profondes. Cette mémoire est un repère précieux pour penser les polarités actuelles sans céder ni au fatalisme ni à la naïveté.

 

  1. Faut-il choisir un camp ? La tension évangélique

Face à cette réalité, deux tentations opposées guettent le chrétien :

  1. Se retirer de la mêlée, au nom d’une prudente neutralité : ne pas s’exposer, ne pas se compromettre, se réfugier dans des espaces protégés.
  2. Se fondre dans un camp, en confondant foi et adhésion totale à une famille politique, à une sensibilité ecclésiale, à un courant idéologique – quitte à justifier ses excès par des arguments religieux.

Or la Doctrine Sociale de l’Église appelle à tout autre chose. Elle appelle à une présence engagée dans le monde, attentive aux plus fragiles, à la dignité de chaque personne et au bien commun. La DSE invite à une liberté intérieure qui refuse de faire de quelque camp que ce soit l’absolu, parce que seul le Christ est Seigneur de l’histoire. Enfin, elle encourage au développement d’une capacité de dialogue, qui ne se confond ni avec le relativisme ni avec le « en même temps » indéterminé, mais suppose de tenir des convictions fermes tout en cherchant la rencontre de l’autre.

La question devient alors : Comment choisir une rive – des idées, des engagements, des lieux de responsabilité – sans dresser des murs, mais en construisant des ponts ?

 

  1. De la confrontation de camps à l’art du discernement

Le Forum Zachée 2026 proposera d’entrer dans un véritable parcours de discernement :

  • Observer les logiques de polarisation : comment nos manières de nous informer (médias, réseaux sociaux, IA génératives, bulles de filtres) tendent-elles à simplifier le réel en nous enfermant dans des « pour » ou « contre » ? Quels mécanismes mimétiques créent l’emballement, la désignation de boucs émissaires, la fermeture au dialogue ?
  • Identifier nos propres réflexes de camp : dans l’Église, au travail, en famille, comment réagissons-nous à la contradiction, à la critique, au désaccord ? Quels critères spirituels utilisons-nous vraiment : recherche de la vérité, ou besoin d’être conforté dans notre groupe ?
  • Relire ces tensions à la lumière de l’Évangile et de la DSE : quelles sont les exigences de la justice, de la vérité, de la miséricorde, de la participation à la vie sociale et politique ? Comment accueillir les appels des plus vulnérables sans succomber à la culture de l’indignation permanente ?

Il ne s’agira pas de promouvoir une position de surplomb, un « ni l’un ni l’autre » confortable. Il s’agira d’apprendre à prendre position – dans la cité, dans l’entreprise, dans l’Église – en acceptant d’assumer des choix concrets, mais en gardant une liberté évangélique qui refuse l’enfermement identitaire.

 

  1. Une voix chrétienne dans une société clivée

Le Forum 2026 voudrait aider chacun à découvrir une voie de sortie chrétienne aux logiques de clivage :

  • Tenir des convictions claires, éclairées par la Parole de Dieu et la Doctrine Sociale de l’Église, sans céder au relativisme ou à la simple recherche du consensus.
  • Refuser la logique du bouc émissaire, en reconnaissant la part de vérité et de souffrance des différents camps, et en apprenant à porter avec le Christ une part de la violence du monde plutôt qu’à la déverser sur d’autres.
  • Pratiquer une attention au réel, chère à Simone Weil : se tenir au plus près des personnes, des situations concrètes, des faits, plutôt que de se laisser emporter par des narrations simplificatrices.
  • Développer des compétences de dialogue, de négociation, de communication non violente, pour demeurer artisans de paix au cœur des conflits.
  • Vivre la fraternité chrétienne comme signe prophétique : montrer qu’il est possible de prier ensemble, de célébrer, de réfléchir et de travailler avec des personnes d’options diverses, unies par le désir de suivre le Christ dans le monde d’aujourd’hui.

 

  1. Un forum pour prier, réfléchir et se rencontrer

Comme chaque année, le Forum Zachée sera un temps de :

  • Enseignements et tables rondes avec des observateurs de la vie sociale et politique, des spécialistes de la polarisation, de la démocratie, de la DSE, de la pensée de Girard ou de Simone Weil, ainsi que des témoins engagés sur le terrain.
  • Ateliers pratiques pour travailler sur nos lieux de clivage concrets : milieu professionnel, engagement associatif ou politique, vie ecclésiale, relations familiales, usage des réseaux sociaux.
  • Prière, sacrements et temps fraternels, pour recevoir ensemble du Christ la grâce de la réconciliation, de la vérité et de la charité, et pour tisser des liens entre participants de sensibilités diverses.
  • Moments conviviaux, pour faire aussi l’expérience simple de la joie de se rencontrer « en vrai » au-delà des écrans, de partager un repas, un service, un échange informel – autant de lieux où les clivages peuvent commencer à se transformer en rencontres.

 

« Société clivée, doit-on choisir son camp ? »

Le Forum Zachée 2026 vous invite à trouver une manière originale de répondre à cette question, non pas en théorie, mais dans vos choix concrets de vie, de travail, d’engagement et de foi.

Choisir son camp, oui – mais en choisissant d’abord le Christ, pour apprendre de Lui à tenir fermement une rive tout en construisant les ponts nécessaires à l’édification d’une société où chaque personne trouve sa place.

 

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