Podcast : « Aimer comme un utilisateur de l’IA »

Podcast : Aimer comme un utilisateur de l'IA

Peut-on utiliser l’intelligence artificielle sans y perdre son âme ni abdiquer sa liberté ?

Ni rejet technophobe, ni alignement aveugle : plongez dans cet échange passionnant avec Augustin Destremau, fondateur de l’initiative Rerum Novairum. Retrouvez les enseignements clés de l’épisode, les repères de la doctrine sociale de l’Église et des outils de discernement pratiques pour vos équipes sur la page de l’épisode [lien]

Introduction : L'IA, provocation spirituelle ou opportunité ?

Face à la révolution des intelligences artificielles génératives (ChatGPT, Claude, Mistral), de nombreux croyants s’interrogent : L’IA menace-t-elle notre humanité ? Peut-on utiliser ces outils sans perdre son âme ? Comment garder sa liberté spirituelle face aux algorithmes ?

Dans cet entretien du podcast Aimer comme, Thomas Ailleret reçoit Augustin Destremau, entrepreneur et cofondateur de Rerum Novairum (mouvement œcuménique dédié au discernement éthique des technologies). Ensemble, ils explorent comment la doctrine sociale de l’Église  et notamment la dernière encyclique du pape Leon XIV, Magnifica Humanitas, offre des balises concrètes pour transformer l’IA en vecteur de bien commun. 

I. L’IA n’est pas un outil neutre : La perspective chrétienne

Une erreur fréquente consiste à penser que l’IA est un simple outil passif, comme un marteau ou un couteau. Or, en effet :

« L’IA n’est pas neutre. La technologie n’est pas neutre

–  comme une mine antipersonnel n’est pas neutre. » 

Parce qu’elle simule des attributs humains (langage, empathie apparente, conseils), l’IA influe directement sur :

  • Notre relation aux autres : 75 % des jeunes préfèrent poser leurs questions à une IA plutôt qu’à un collègue ou un professeur par peur du jugement social.
  • Notre rapport à la vérité : Le risque de perte de compétences cognitives et de dépendance décisionnelle.
  • La concentration des pouvoirs : L’enjeu géopolitique et économique de la gouvernance des données.

II. Les 3 tentations de l’IA selon l’éthique chrétienne

Pour discerner son usage de l’IA, le chrétien doit identifier les pièges spirituels et psychologiques guettés par l’utilisateur :

  1. La tentation de la toute-puissance (Orgueil) :
    Croire qu’avec l’IA on va devenir plus intelligent que tout le monde, tout maîtriser seul et pouvoir dominer les experts.
  2. La tentation de la Tour de Babel (Contrôle totalitaire) :
    Utiliser l’IA en entreprise pour contrôler et surveiller (voire « fliquer ») chaque geste des collaborateurs sous prétexte d’optimisation.
  3. La tentation de l’isolement (Rupture de solidarité) :
    L’illusion du « solopreneur » autosuffisant qui n’a plus besoin des autres, menant fréquemment à l’épuisement et à la perte de sens.

III. Dignité du Travail et Subsidiarité : Les réponses de la Doctrine Sociale

Face aux discours sur la « fin du travail » et le revenu universel, l’anthropologie chrétienne rappelle que le travail est constitutif de la dignité humaine (encyclique Laborem Exercens de Jean-Paul II).

  • Le sens subjectif du travail : Le travail ne sert pas seulement à produire ou à gagner de l’argent, mais sert à l’homme à trouver une place pour participer à la création, à mûrir dans la relation et à être attendu par la société.
  • L’IA au service de l’encapacitation : L’objectif n’est pas de transformer les salariés en « superviseurs de machines », mais d’utiliser l’IA pour automatiser l’administratif rébarbatif et redonner du temps aux relations humaines.
  • La subsidiarité sur le terrain : La meilleure gouvernance consiste à donner l’autonomie aux collaborateurs pour qu’ils repensent eux-mêmes leur poste avec l’IA, dans un cadre sécurisé.

«  le sens subjectif, c’est tout ce qui va en fait donner du sens à notre travail et ce qui fait d’ailleurs que même si on avait des ressources illimitées, qu’on nous donnait de l’argent, en fait on aurait quand même besoin de travailler parce que ça fait partie du sens de nos existences.  » — Augustin 

IV. Bâtir les remparts de Jérusalem : Le discernement communautaire

Plutôt qu’un repli technologique individuel, Augustin invite à reconstruire la communauté à l’image des remparts de Jérusalem (Livre de Néhémie) : chacun à son poste, avec son charisme propre, contribue à la reconstruction collective.

« Un des risques en étant entouré de machines, c’est en fait d’être autocentré et donc de s’enfermer dans ses propres convictions. Alors qu’une des choses qu’amène l’humain, c’est la confrontation. Et en fait, dans une équipe, on a besoin de confrontation. On a besoin de diversité. » — Augustin

Les outils de discernement proposés par Rerum Novairum :

  • Le Livre Blanc (présenté au Pape à Rome) : Un recueil d’initiatives mondiales intégrant l’IA au service de la santé, de l’éducation et de l’insertion.
  • Le Parcours Rerum Discern : Un parcours gratuit en 5 étapes pour rassembler son équipe ou sa communauté et évaluer l’impact humain de ses outils informatiques.
  • Le retour aux humanités : Investir dans la philosophie, la culture et la capacité à penser par soi-même plutôt que dans le simple apprentissage du code.

V. Foire Aux Questions Éthique & Pratique 

Comment savoir si mon utilisation de l’IA est conforme à l’éthique chrétienne ?

3 questions clés pour commencer :

  1. Cet outil me rend-il plus autonome ou plus dépendant ?
  2. Améliore-t-il mes relations humaines ou m’isole-t-il ?
  3. Respecte-t-il la dignité des personnes en évitant le contrôle excessif ?

L’IA va-t-elle remplacer le travail humain selon l’Église ?

L’Église enseigne que le travail a une valeur subjective essentielle pour l’épanouissement humain. L’IA doit servir à libérer l’homme des tâches répétitives pour réinvestir dans la relation, la créativité et le service du bien commun.

Existe-t-il une prière pour garder du recul face à la technologie ?

L’épisode se conclut par la prière « Rien qu’aujourd’hui » de Saint Jean XXIII, un rappel puissant à vivre l’instant présent, à cultiver l’espérance et à éviter la hâte et l’indécision face aux mutations technologiques.

VI. Quelques échanges marquants de l’épisode :

  • Sur le CV et l’imperfection :
    « À l’heure de l’IA, vous recevez un CV avec des fautes d’orthographe. Vous en pensez quoi ? — Que c’est un humain qui l’a écrit. »
  • Sur les jeunes et l’IA :
    « 75 % des jeunes préfèrent poser la question à l’IA plutôt qu’à un prof… parce que c’est difficile d’assumer socialement qu’on ne sait pas, et l’IA ne te juge pas. »
  • Sur l’éducation et l’avenir :
    « Là où il y a 3 ans on disait à tout le monde qu’il fallait apprendre à coder, l’urgence aujourd’hui est d’investir sur les humanités, la philosophie et la capacité à penser par soi-même. »

VII. Et maintenant, vous avez sans doute envie de :